Au prononcé du verdict, des sympathisants nationalistes ont crié plusieurs fois "liberta" tandis qu'Yvan Colonna levait ses bras menottés en leur direction. Après un mois de procès, le berger de Cargèse a été condamné jeudi soir à la perpétuité pour l'assassinat en 1998 du préfet de Corse Claude Erignac. Les sept magistrats professionnels de la Cour d'assises spéciale de Paris (non composé d'un jury populaire puisqu'il s'agit d'une affaire de terrorisme) n'ont pas totalement suivi les réquisitions de l'accusation qui avait demandé que la perpétuité soit assortie d'une peine de sûreté incompressible de 22 ans.
Sans surprise, l'avocat d'Yvan Colonna a aussitôt indiqué qu'il allait faire appel, dénonçant un "verdict prononcé dans un dossier absolument vide de preuve pour l'accusation". "Nous avions démontré qu'il était innocent. Donc, pour nous, le combat ne fait que commencer", a-t-il lancé à l'issue de l'audience, estimant que Colonna avait été condamné "au bénéfice du doute", ce qui "est un renversement complet de nos grands principes : normalement, le doute profite à l'accusé". Avant les délibérations qui ont duré cinq heures, l'accusé avait été le dernier à prendre la parole, pour redire son innocence Ses avocats avaient plaidé l'acquittement au bénéfice du doute (lire notre article).
"Un'pienghjite micca"
A la lecture du verdict, Yvan Colonna a redit "je suis innocent" aux juges, en corse et en français. Son père et sa soeur se sont effondrés, tandis que sa compagne Pierrette ne laissait rien paraître. "Un'pienghjite micca" ("ne pleurez pas" en langue corse), a alors dit Yvan Colonna à sa famille, assise au premier rang. Peu après, de la salle d'audience, Pierrette a appelé sur son portable le fils qu'elle a eu avec Yvan Colonna, Jean-Baptiste, 17 ans, pour lui annoncer le verdict.
En face, la veuve de Claude Erignac est restée impassible, tandis que sa fille Marie-Christophine fondait en larmes. Elle n'ont pas fait de déclarations à la presse, mais selon son avocat, Mme Erignac "estime que la justice est passée à la hauteur de ce qu'était pour elle la perte de son mari". Pour l'avocat des parties civiles représentant l'Etat, les magistrats ont sanctionné une "action collective". Mais "même quand on a plaidé pour, il est lourd de constater un tel gâchis".